Dominique Wolton
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« Les libertaires d’Internet ne gênent nullement les industriels d’Internet, ils en sont la meilleure vitrine. »
DW, Europe : agriculture et communication, même combat, Le Monde, 14 avril 2001

Polygamie, niqab et municipales

Al Balad Newspaper (Liban), 3 mai 2010

Il s’appelle Dominique Wolton et c’est une célébrité sur la scène médiatique française. Sociologue chercheur et iconoclaste, il fait feu de tout bois sur les débats de société les plus polémiques. À Jounieh ce week-end, il est venu expliquer à l’Usek sa vision de la politique libanaise, mais commente également l’affaire du voile islamique qui agite la France.

Après la Belgique, c’est au tour de la France de s’apprêter à interdire le port du voile dans la sphère publique. Coup politique ou véritable problème de société ?
Ce projet de loi ne sera pas adopté. Il reflète une position trop rigide pour remporter l’adhésion d’une majorité suffisante au sein du Parlement français. C’est une bonne chose, car il s’oppose à la liberté d’une pratique religieuse souvent choisie volontairement par les femmes musulmanes. En outre, il met en difficulté la diplomatie française au Moyen Orient et porte atteinte à l’image de la France à l’étranger.

Un boucher musulman de Nantes est menacé de déchéance de nationalité et d’extradition pour polygamie, abus de perception des prestations sociales, intégrisme religieux et atteinte à la liberté d’autrui -ses femmes, des Françaises converties à l’Islam, sont intégralement voilées. Qu’en pensez-vous ?
C’est une opération politique. La personne, sans doute peu sympathique par ailleurs, est connue des autorités. Les musulmans de France ont raison de se demander pourquoi cette affaire sort à ce moment précis. En vérité, je ne pense pas que les positions de fermeté soient payantes sur ce genre de sujet. Il s’agit plus d’une logique de bouc émissaire portée sur un ennemi islamique. Mais cette stratégie a été tellement utilisée par Nicolas Sarkosy qu’elle montre ses limites. À mon avis, les Français ont d’autres préoccupations en tête que de penser qu’ils sont envahis. Il se trouve que c’est un musulman aujourd’hui, ç’aurait pu être un juif dans les années 1930.

Les élections municipales ont commencé au Liban. Que pensez-vous du système politique libanais ? Est-ce un modèle qui vous paraît exportable à l’étranger ?
Le système libanais est très particulier, car il se base non pas sur un modèle laïc, mais sur sur une logique communautaire. Son bon fonctionnement dépend de la confiance mutuelle entre chrétiens et musulmans.
C’est le seul État démocratique du Moyen Orient à rassembler une mosaïque culturelle et religieuse. Avec pour toile de fond les souvenirs d’une guerre civile extrêmement proche.
La France et l’Europe n’ont pas le monopole du modèle démocratique. Mais le lien très particulier entre la politique et la religion ne me paraît pas généralisable. D’ailleurs l’équilibre entre confessions a pu permettre la paix, mais n’a pas toujours empêché les guerres au Liban.

Sur ce point, comment expliquez-vous le conflit armé entre le Liban et Israël, vus en France comme les deux démocraties du proche Orient ?
Il ne s’agit pas de la même démocratie. Il faut comparer ce qui est comparable. Les Israéliens sont démocrates entre eux et impérialistes hors de chez eux. Le traitement du problème palestinien n’a rien de démocratique. Les Libanais, eux, n’ont pas exclu un peuple entier. Ils mettent en pratique la cohabitation la plus pacifique possible entre des communautés différentes. En Israël, la tentation est toujours la même d’accepter les Arabes de l’intérieur, à condition qu’ils ne remettent pas en question le système étatique. En même temps, l’État hébreu exclut les Palestiniens en remettant en cause le droit que leur reconnaît l’ONU à un État séparé, par l’annexion de leur territoire depuis 25 ans.
Le rapport de force entre les différentes communautés qui font le Liban est en outre plus compliqué que celui qui oppose Ashkénazes et Séfarades en Israël. On ne peut pas dire qu’il y ait deux démocraties au Proche Orient. Ce n’est pas parce que des élections sont libres, qu’elles sont comparables.

Propos recueillis par sandra Bassil et Michaël Legrand


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