Dominique Wolton
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Sciences de la communication. L’Institut sur les bons rails

Le Journal du CNRS n° 219, avril 2008

Il y a un an, naissait l’Institut des sciences de la communication (ISCC) du CNRS. Son directeur, Dominique Wolton, dresse pour Le journal du CNRS un premier bilan.

Créé il y a un an, l’ISCC est la dernière-née des structures transversales du CNRS. Quelle est sa vocation ?

Dominique Wolton : Dans une société de plus en plus ouverte et mondialisée, les problématiques des sciences de l’information et de la communication concernent désormais toutes les disciplines scientifiques. Ainsi, l’objectif de l’ISCC est de développer des projets de recherche interdisciplinaires autour de trois grandes thématiques.
La première est d’ordre épistémologique : aujourd’hui, toutes les disciplines scientifiques intègrent des concepts et des modèles empruntés aux sciences de l’information et de la communication. Le CNRS devait donc se saisir de la question suivante : « Que signifie la modification des connaissances par la généralisation de l’usage de modèles et théories de l’information et de la communication ? » Cela intéresse tous les départements scientifiques et instituts du CNRS.
La deuxième thématique est liée aux industries de la connaissance. En effet, il est essentiel que les scientifiques réfléchissent aux liens de plus en plus prégnants entre la production des connaissances, leur industrialisation et les enjeux politiques sous-jacents.
Il y a enfin une thématique science, technique, société. Aujourd’hui, la société se montre très critique à l’égard de la science et des techniques. Paradoxalement, c’est aussi à elles qu’elle se raccroche. Il est donc essentiel de nourrir une réflexion articulant demande sociétale et conséquences des activités scientifiques. Sans oublier la question essentielle de l’autonomie de la communauté scientifique.

Concrètement, quelles actions mène l’ISCC ?

D.W. : Le but de l’équipe d’une vingtaine de chercheurs et universitaires avec qui je travaille est de créer des synergies entre collègues et laboratoires. Une enquête a révélé que plus de 300 chercheurs et 85 laboratoires pourraient inscrire leur travail dans les grandes thématiques de l’institut. Pour les y inciter, nous avons lancé un appel d’offres l’année dernière, et 29 projets sont financés. La première rencontre des acteurs aura lieu le 22 mai prochain. Par ailleurs, avec l’Académie des technologies, nous organisons le 23 mai un colloque sur le thème des controverses scientifiques. Nous avons aussi monté une dizaine de groupes de travail, dont un sur l’épistémologie qui a beaucoup de succès. Cette année, nous allons relancer un appel à projets centré sur l’information scientifique et technique (IST), les controverses, le statut de la communication, l’expertise, la traçabilité et la société de l’information. Assez rapidement, nous espérons aussi créer trois ou quatre laboratoires. Sans parler des recrutements, postdocs, délégations et conventions avec les universités et les centres étrangers. La création d’une commission interdisciplinaire « Sciences de la communication » doit contribuer à donner une visibilité à ce nouveau champ de connaissance.

Quels départements du CNRS sont impliqués dans ces thématiques ?

D.W. : En toute rigueur, tous ! Mais outre le département des Sciences humaines et sociales (SHS), d’autres sont très proches de ce que nous voulons développer. Le département des Sciences et Technologies de l’information et de l’ingénierie (ST2I) : par définition, les systèmes d’information sont constamment liés à des problématiques de société. Le département des Sciences de la vie, en particulier les neurosciences et les sciences cognitives, car dès que l’on s’intéresse au langage, on se trouve rapidement sur le terrain de la communication de l’homme avec la société.
Ce lien entre science, technique et société est également évident avec le département « Environnement et développement durable » (EDD) et le département Chimie dont le nom est à la fois une science et un domaine d’activité. En réalité, les sciences de la communication sont aujourd’hui nécessaires pour contribuer à repenser l’épistémologie contemporaine. Elles illustrent aussi le rôle de l’interdisciplinarité dans l’évolution des connaissances et obligent les scientifiques à repenser leur statut dans la société ouverte. Les sciences de la communication sont donc à la fois un objet théorique interdisciplinaire et une théorie de la connaissance – des savoirs nécessaires pour comprendre le fonctionnement des sociétés ouvertes dominées par les interactions.

C’est un projet de grande envergure ?

D.W. : L’information et la communication sont au cœur des industries de la connaissance, et au cœur de toutes les négociations que les chercheurs seront obligés de mener constamment pour être à l’écoute de la société sans être dépendants d’elle. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus faire l’économie d’une réflexion sur ces thèmes. Pour ce faire, le CNRS a toutes les compétences en « magasin ». C’est une chance inouïe. À nous de faire prendre conscience aux chercheurs de l’importance de ces objets scientifiques nouveaux à la frontière de leurs disciplines respectives. C’est leur intérêt de s’en emparer, et d’y apporter des réponses fortes.

Propos recueillis par Mathieu Grousson


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