Dominique Wolton
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La presse doit rester un contre-pouvoir

Journal du Dimanche, 20 mai 2007

Dans les démocraties médiatisées, chacun doit rester à sa place : les médias dans leur rôle d’informer, d’enquêter et de critiquer, les entreprises dans celui de productrice d’économie et les politiques dans leur devoir de représenter les citoyens. Le pire est la confusion des genres qui se traduit par une seule résultante : la perte de confiance des opinions publiques. La collusion n’est pas toujours un bon investissement. Un peu d’indépendance peut, au contraire, être une source de rentabilité.

Il faut être lucide : de tout temps, pressions économiques et politiques ont pesé sur les médias. Mais dans nos sociétés de communication, il faut être beaucoup plus vigilant. Avec la concentration des groupes de communication, la presse doit, plus que jamais, rester un contre-pouvoir et ne pas tenter de s’ériger en quatrième pouvoir. Son rôle n’est pas de faire de la politique mais d’informer et de commenter.

Avec plus d’informations et de médias, les citoyens deviennent plus exigeants et plus critiques, même si la logique "people" semble plaire à tout le monde. Toutes les démocraties sont confrontées à cette contradiction entre les valeurs de liberté de la presse et la concentration croissante des industries de l’information, qu’il faudra bien réguler un jour.

En appliquant le principe du respect de la diversité culturelle, voté à l’Unesco pour la mondialisation, et qui est, chez nous, le respect du pluralisme. Il est également nécessaire que la presse s’engage, dans son ensemble, sur une charte de déontologie qui garantisse au lecteur l’honnêteté de l’information diffusée. L’honnêteté et non l’objectivité, qui est impossible.

Rappeler aussi la leçon de l’Histoire : ce n’est pas parce que l’on tient les tuyaux et les supports que l’on contrôle les consciences. Attention, dans la durée, à la résistance des récepteurs et à l’effet boomerang. Reste un problème : la perte de crédibilité qui frappe aujourd’hui la presse. Elle est aussi le résultat des liens qu’entretient la hiérarchie médiatique, l’élite de ce métier en quelque sorte, avec les pouvoirs. C’est vrai dans tous les pays. On ne voit plus que cette minorité et non plus le reste de la classe moyenne journalistique, renforçant une perception discutable de ce métier dans les opinions publiques.

Résultat d’autant plus paradoxal que la culture journalistique est aujourd’hui beaucoup plus consciente de l’importance des libertés et du pluralisme. Défendre la liberté d’expression dans un monde ouvert, saturé de médias et de pressions, est un combat qui est loin d’être terminé. Une bataille qui n’est jamais vraiment gagnée.


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