Dominique Wolton
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« La société de la connaissance qui se dessine n’est ni irénique, ni dépourvue d’antagonismes et de conflits d’intérêts. »
DW, Abondance et gratuité, pourquoi faire et jusqu’où ? , Revue Hermès n° 57, 2010

La France et les Outre-mers. L’enjeu multiculturel

Revue Hermès, n° 32-33, CNRS Éditions, 2002, 656 p.

La France et les Outre-mers. L'enjeu multiculturelLes Outre-mers sont une chance pour la France, car ils sont une ouverture sur le monde à partir des trois aires culturelles de l’océan Atlantique avec les Antilles, la Guyane, Saint-Pierre et Miquelon ; de l’océan Indien avec La Réunion et Mayotte ; de l’océan Pacifique avec la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna et la Polynésie française.

Ils permettent aussi de sortir de l’« européocentrisme » dominant depuis un demi-siècle, et surtout de vivre, en grandeur nature le défi du multiculturalisme. C’est la cohabitation avec ces identités, langues, cultures, religions, traditions, liées à la métropole, mais aussi inscrites dans une histoire bien plus ancienne que celle marquée par l’arrivée des Européens (entre les 16e et 18e siècles) qui fait l’importance de ces territoires. Cette diversité culturelle est un atout pour construire l’autre mondialisation, celle qui, au-delà des marchés, des économies, et des rapports de force, doit au contraire organiser le dialogue des cultures et des civilisations.

L’importance des Outre-mers n’est donc pas d’abord économique ou démographique, elle est culturelle et politique. Le paradoxe est qu’en France très peu, beaucoup trop peu, sont ceux qui s’intéressent et sont fiers de ces Outre-mers, fiers de ce qu’ils apportent à la France, et fiers aussi de l’importance des questions politiques sociales et culturelles que ces collectivités posent à la République, et à l’Europe. En réalité les Outre-mers sont un révélateur de la plupart des questions liées à la mondialisation, au multiculturalisme et à la recherche d’autres liens de coopération politique. Le drame est que l’Outre-mer n’est pas présent dans l’espace public français. La première chose à faire est donc de construire, en métropole, un espace public où ces questions seront débattues et trouveront un écho. Contrairement à ce que beaucoup pensent, par manque de culture, de curiosité, de respect des autres, ces territoires ne sont pas les « reliques du passé », ni des « confettis de l’histoire coloniale ». On y voit au contraire en grandeur nature, toutes les questions de demain, liées à la cohabitation des cultures et des civilisations.

Telle est la raison de ce numéro d’Hermès. Nous voudrions qu’il soit une fenêtre ouverte sur l’immense question de la communication interculturelle de demain : à quelle condition se comprendre un peu mieux, pour se tolérer davantage, se respecter et communiquer ?

Hermès, revue scientifique, souhaite contribuer à ce réveil intellectuel et culturel. En un mot, il s’agit de réfléchir aux moyens de passer à une nouvelle étape de l’histoire, de dépasser la problématique de la décolonisation, de prouver que l’Histoire avec ses erreurs et ses grandeurs peut devenir une chance. Bref, les Outre-mers ne sont pas une difficulté, mais un formidable atout pour tous.

La revue Hermès, centrée sur la problématique de la communication politique, met ici en évidence l’immense diversité des Outre-mers. Mais aussi l’intérêt scientifique, culturel et politique du comparatisme. Elle contribue ainsi à la réflexion critique sur la mondialisation.

Ce numéro est publié avec le concours du Secrétariat d’État à l’Outre-mer.

Texte intégral de la revue Hermès n° 32-33


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