Dominique Wolton
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La modernité, c’est vous

La France agricole, n° 3367, 7 janvier 2011

Vue à tort comme ringarde
L’agriculture, la plus vieille activité économique avec le commerce, doit lutter contre les stéréotypes dont elle fait l’objet, notamment une image très conservatrice et passéiste. Seul le secteur tertiaire semble avoir grâce aux yeux de bien des décideurs. Pourtant ce secteur traditionnel est central : l’écologie le rappelle, les rythmes de la nature aussi. Les agriculteurs savent que l’on ne maîtrise pas tout, que le temps est un invariant contre lequel on ne peut lutter.
Le monde agricole correspond parfaitement à la culture du monde contemporain : sa dimension humaine, son rapport à la nature et à ses contraintes rappellent aux sociétés urbaines des valeurs essentielles, incompatibles avec la logique de rentabilité à tout prix.

La nature exprime leur savoir-faire
On reproche aux agriculteurs d’avoir saccagé la nature. C’est oublier qu’ils
ont dû répondre à une demande urbaine pressante de la part de la société. Qui, à l’époque, voulait entendre parler de tradition, de dimension culturelle de l’agriculture ? Ce ne sont pas les agriculteurs qui posent problème, mais le regard que l’on porte sur eux, avec cette contradiction entre une envie
d’hypermodernité et un côté plus nostalgique.
La nature et les paysages que regrettent les citadins sont l’expression du savoir-faire, du travail des agriculteurs.

L’écologie a tout changé
L’écologie a tout remis en cause. Lors du Grenelle 2, les agriculteurs étaient considérés à tort comme des adversaires, soumis aux industries agroalimentaires. Encore une fois, le monde agricole a lui aussi été bouleversé par la mondialisation et la spéculation. Les agriculteurs n’ont
pas toujours eu le choix et ils doivent eux-mêmes le reconnaître. Ils sont aujourd’hui pleinement acteurs du développement durable. Et si leurs conceptions de l’écologie diffèrent parfois, leur métier les oblige à faire
cohabiter plusieurs logiques de natures différentes, voire opposées.

Victime du centralisme français
Il est étonnant enfin de voir qu’en France, les citadins achètent des maisons à la campagne dans le but de s’isoler plutôt que de partager
la vie villageoise. Contrairement à ce qui se passe en Italie ou en Grèce, la vision de nos campagnes n’est plus véritablement unifiée. Cela tient à la centralisation excessive de notre pays qui écoute peu ses campagnes comme
ses villes moyennes. On peut l’observer dans la conception des services publics, avec par exemple la fermeture d’hôpitaux de proximité au nom de
critères appliqués aux grandes villes.

Propos recueillis par Marie-Gabrielle Miossec


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