Dominique Wolton
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Agriculture et mondialisation : le renversement anthropologique

Comment nourrir le monde ?« C’est donc la posture culturelle concernant le rapport au monde agricole qu’il faut d’abord changer. Non pas le considérer comme un reste du passé, mais comme la condition de l’avenir. Non pas seulement l’agriculture, mais aussi la nature, l’environnement, et finalement l’écologie. C’est-à-dire le cadre de vie des hommes d’hier et de demain. Et d’abord réhabiliter la culture du monde agricole au sens large. Non pas des « pré-modernes », comme on dit aujourd’hui, mais des « post-modernes ». Ce monde technique, social, culturel se remet au centre de la société, et de la mondialisation, comme condition pour repenser la complexité du monde de demain. »

« On croyait gérer la décroissance d’un secteur économique en crise ; on se retrouve face à des activités, des cultures, des postures culturelles indispensables pour penser l’altérité face à l’univers urbain et informationnel. Un monde où il faudra réinventer des notions d’échange et de solidarité qui ont déjà été au cœur de l’histoire du monde rural. Revaloriser l’importance de la lenteur face à une omniprésence de la vitesse de l’information. Rappeler des limites d’un certain vertige technique par rapport à des réalités qui pour une part nous dépassent et rappellent l’inéluctable altérité de la nature. Souligner l’importance du temps long de l’anthropologie, parfaitement nécessaire face à une culture obsédée par la modernité, la performance, le nouveau, et qui simultanément n’arrête pas paradoxalement de se replonger dans une sorte de passé mythique, débarrassé d’un seul coup de toutes les inégalités et réduit à une sorte de rêve champêtre un peu naïf. »

« L’agriculture, dans toutes ses formes, sous toutes les latitudes, est indissociable de l’humanisme. Le monde agricole n’est pas le seul humanisme, il est de ceux qui existent. Et il est le plus vieux lien entre l’histoire des hommes. Pourquoi le dévaloriser ? Le valoriser c’est aussi valoriser les hommes qui ont su à la fois s’adapter et transformer ce cadre naturel qui a été la condition de toutes les émancipations. Rappeler cette longue séquence historique, ce n’est pas succomber au naturalisme, mais rappeler ce que la nature et l’agriculture constituent comme altérité, face à la rationalité et la technicité triomphantes. »

Extraits tirés de « Agriculture et mondialisation : le renversement anthropologique » par Dominique Wolton, in Jean-François Gleizes (dir.), Comment nourrir le monde ?, Éditions de l’Aube, février 2011.


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