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Tristan MATTELART, Théories de la mondialisation
culturelle : théories de la diversité ?
L’objectif de cet article est de montrer dans quelle
mesure, depuis la fin des années 1980, les théories
de la mondialisation culturelle, nées d’une convergence
dans le champ académique anglo-saxon entre certains
tenants des Cultural Studies, de l’anthropologie et
de la sociologie, ont marqué une rupture dans la façon
d’appréhender les enjeux de l’internationalisation
des médias. Nous appuyant sur quelques-uns des principaux
textes ayant donné corps à ces théories
de la mondialisation, nous retraçons les principaux
déplacements du centre de gravité de l’analyse
qu’elles opèrent. Prenant acte des apports de
ces théories pour la compréhension des processus
d’appropriation des flux transnationaux, cet article
souligne aussi leurs limites et conclut à la nécessité
d’inclure les perspectives de l’économie
politique dans l’étude des processus de transnationalisation
pour que ceux-ci soient appréhendés dans toute
leur complexité.
Mots-clés : mondialisation culturelle, flux transnationaux,
économie flexible, créolisation, identités
réflexives, économie politique, diversité
culturelle.
Olivier VOIROL, Pluralité culturelle
et démocratie chez John Dewey
Aux prises avec le débat entre libéralisme et
communautarisme, la problématique de la diversité
cultuelle s’est souvent fourvoyée dans une opposition
rigide entre différence et égalité, commun
et singularité. Le pragmatisme de John Dewey offre
des pistes pour penser la pluralité culturelle et la
reconnaissance non pas entre des identités culturelles
figées mais sous forme de processus permanents de constitution
réciproque du commun et des singularités culturelles.
En incluant le rôle culturel des médias dans
ce processus, Dewey offre une approche de la pluralité
culturelle considérée comme le socle même
de la démocratie.
Mots-clés : commun, individuation, culture, reconnaissance,
médias, Dewey.
Alain VUILLEMIN, Aux sources de l’identité
européenne : « L’Esprit des Lumières
» de Tzvetan Todorov
Aux sources du sentiment européen de l’identité
se trouverait un héritage contrasté d’idées
et de croyances venu des « Lumières » du
XVIIIe siècle. Telle est la thèse développée
dans L’Esprit des Lumières, un essai philosophique
et politique publié en 2006 par Tzvetan Todorov. Cette
mutation radicale de la pensée est un phénomène
historique qui se produit en Europe, au XVIIIe siècle,
et est « responsable de [l’]identité présente
» des Européens. L’auteur en réexamine
les acquis, le projet initial, les grands principes et les
errements ultérieurs, en insistant sur l’actualité
de ce qui serait « la création la plus prestigieuse
de l’Europe » : cet idéal, cet «
esprit » éclairé, lucide, de « libre
examen […] critique ». Il termine par un acte
de foi : « l’identité de l’Europe
[et] donc sa “volonté générale”
[ne] pourr[ont] s’affirmer [que] si l’on s’appuie
sur les analyses faites à l’époque des
Lumières. » Aux Européens de réussir.
Mots-clés : Tzvetan Todorov, « Esprit des Lumières
», héritage des « Lumières »,
esprit critique, identité européenne, philosophie
politique.
Gina STOICIU, L’émergence du domaine
d’étude de la communication interculturelle
Cette réflexion sur le champ de recherche en communication
interculturelle part du principe que les avancées théoriques
s’élaborent au travers d’une dynamique
ancrée autant dans le contexte des pratiques de recherche
que dans l’évolution interne du champ de recherche.
Tout d’abord, on tente de délimiter les moments
clés qui ont présidé à l’émergence
de ce nouveau domaine des deux côtés de l’Atlantique.
Une fois établi que la communication interculturelle
est un nouveau champ de recherche où se constituent
un langage, des théories et des méthodologies
qui lui sont propres, la deuxième étape consistera
à dresser la carte de son territoire, autrement dit,
à préciser quels sont les objets, les approches
et les postures méthodologiques qui coexistent dans
ce champ.
Mots-clés : communication interculturelle, champ de
recherche interculturelle, figures d’interculturalité,
théories et approches interculturels.
Françoise VERGÈS,
Les transformations des « Post-Colonial Studies »
Les questions soulevées par la mondialisation aujourd’hui
– migrations, multiculturalisme, différence culturelle,
dialogues ou conflits interculturels – peuvent être
analysées à la lumière de précédentes
mondialisations. Dans cet article, Françoise Vergès
évoque les relations Sud-Sud telles qu’elles
se sont développées dans la longue durée
du monde indiano-océanique pour parler des processus
et des pratiques de « créolisation ». La
longue histoire des migrations forcées ou provoquées
par des bouleversements géopolitiques dans cette partie
du monde offre un cadre d’analyse qui interroge les
présupposées des cartes mentales forgées
par une histoire eurocentrée. Les routes Sud-Nord peuvent
alors être comparées aux routes Sud-Sud ou Est-Sud,
et les zones de contact qui émergent à celles
qui se créent en Europe. Les phénomènes
d’hybridité, de métissage, d’interculturalité,
de créolisation sont à analyser dans leur évolution,
transformation et reconfiguration.
Mots-clés : Créolisation, monde indiano-océanique,
zone de contact.
Paul RASSE, La diversité des cultures en question
Deux points de vue s’opposent radicalement à
propos de la mondialisation : les uns y voient l’uniformisation
des cultures, les autres, son métissage et sa diversification.
L’auteur défend que les mutations en cours n’en
sont qu’à leurs prémices, car la vitesse
de croissance de la masse des échanges matériels
et symboliques est exponentielle. Ces mutations menacent la
diversité des cultures, moins à cause de leur
standardisation qu’en raison de l’explosion des
formes d’altérité en multiples parcelles
de différences. Celles-ci se combinent entre elles
dans un cosmopolitisme généralisé, fertile
mais épuisant, sans cesse en recomposition, alors qu’il
faut du temps, de l’espace, de l’isolement, pour
donner aux cultures le souffle nécessaire à
leur structuration, à leur cohésion interne
et à leur diversification. La culture mondiale devient
un maelström, où dominent les productions des
pays les plus puissants et l’intérêt des
plus riches, tandis que le corps social anomique se fragmente.
Mots-clés : mondialisation, diversité des cultures,
cosmopolitisme, atomisation des cultures.
Joëlle FARCHY et Heritiana RANAIVOSON, La diversité
culturelle dans le commerce mondial : assumer des arbitrages
Dans le cadre des négociations commerciales internationales,
les politiques en faveur de la diversité culturelle
désignent un objectif qui consiste à limiter
l’uniformisation censée résulter du fonctionnement
du marché et du libre-échange. Depuis quelques
années, le véritable débat ne porte plus
sur l’objectif lui-même qui semble faire l’objet
d’un consensus, mais sur les moyens d’y parvenir.
Notre propos dans cet article est justement de revenir sur
cet objectif en montrant sa complexité et son caractère
multidimensionnel. Au-delà du discours incantatoire
à portée très générale
sur ses bienfaits supposés, les décideurs publics
doivent donc effectuer des arbitrages, classiquement en termes
de coûts/bénéfices, de manière
plus complexe entre les différentes dimensions de la
diversité. Mener une politique en faveur de la diversité
culturelle suppose donc de faire des choix parmi ces multiples
aspects et d’assumer les coûts induits.
Mots-clés : diversité culturelle, exception
culturelle, économie de la culture, politiques culturelles.
Patrice MEYER-BISCH, La valorisation de la
diversité et des droits culturels
Alors que la diversité culturelle était considérée
comme un frein au développement, à la démocratie
et aux droits de l’homme, elle est aujourd’hui
comprise comme leur ressource indispensable. Mais la diversité
culturelle n’est pas une valeur en soi, elle ne peut
couvrir n’importe quelle pratique et autoriser n’importe
quel relativisme. La diversité culturelle est l’œuvre
des hommes et doit rester à leur service, dans la recherche
des multiples faces de la dignité humaine : il y a
protection mutuelle entre la diversité et les droits
de l’homme. Les droits culturels sont au centre de cette
protection, car ils garantissent à chacun les droits
et libertés d’exercer toute activité culturelle
et d’accéder aux ressources qui sont nécessaires
pour vivre, tout au long de sa vie, son processus d’identification
jamais achevé. Mais la légitimité, entre
universalité et diversité, est délicate
: comment assurer la liberté de critique et en même
temps le respect des œuvres, qu’il s’agisse
de patrimoines, de traditions, de modes de vie ?
Mots-clés : diversité culturelle, dialogue des
cultures, droits culturels, droits de l’homme, Convention
de l’Unesco, identité.
Laura ANGHEL, La Convention sur la diversité
des expressions culturelles : état des lieux
Le droit culturel international a été renforcé
grâce à l’adoption par l’Unesco de
la Convention sur la protection et la promotion de la diversité
des expressions culturelles. Ce texte relie la culture (porteuse
de valeurs, de sens, d’identités) à la
coopération internationale, au développement
et aux droits de l’homme. Sa mise en œuvre devient
un véritable défi, et son suivi se révèle
une nécessité. La diversité culturelle,
déjà objet d’étude de l’anthropologie,
doit à présent devenir un concept politique
et être mis en pratique. La culture doit être
envisagée comme vecteur de la vie politique, économique
et sociale, tant au niveau national qu’au niveau des
rapports entre les différentes aires culturelles. Réfléchir
à la problématique de l’Autre, gérer
l’acculturation et la cohabitation culturelle devient
une question politique, et la gestion des rapports entre culture,
communication, société et politique requiert
la construction de théories spécifiques et adaptées.
Mots-clés : diversité culturelle, culture, Unesco,
droit culturel, politiques culturelles, identité culturelle.
Michaël OUSTINOFF, Les points clés de
la Convention sur la diversité des expressions culturelles
On fait souvent remonter la Convention sur la protection et
la promotion de la diversité des expressions culturelles
à la Déclaration universelle de l’Unesco
sur la diversité culturelle et aux événements
du 11 septembre 2001. Les points clés de la Convention
ne sont pas à placer uniquement dans cette perspective,
mais également dans celle de la montée en puissance
des questions d’ordre culturel depuis 1945. Ces points
clés marquent un tournant, dans la mesure où
la Convention n’obéit plus à la logique
traditionnelle de l’État-nation. C’est
là leur force et leur faiblesse, car c’est de
la volonté des États que dépend leur
mise en œuvre.
Mots-clés : Convention de l’Unesco, Déclaration
universelle de l’Unesco, événements du
11 septembre 2001, diversité des expressions culturelles,
États-nations, politiques culturelles.
Anne-Marie LAULAN, La Convention sur la diversité
des expressions culturelles : à quand le passage à
l’action ?
La ratification à l’Unesco de la Convention sur
la diversité des expressions culturelles se heurte,
dans son application, aux changements du modèle (centre-périphérie)
qui a présidé à son élaboration
.L’actualité immédiate révèle
l’affrontement entre des logiques identitaires et la
tentation économique de la mondialisation, ainsi que
la complexité des mouvements migratoires. Toutes les
sociétés deviennent multiculturelles, induisant
un nouveau champ pour les chercheurs comme pour les décideurs.
Mots-clés : identités, contradictions, gestion
de la multiculturalité.
Michaël OUSTINOFF, Le tout-à-l’anglais
est-il inévitable?
Les arguments avancés par les partisans du tout-à-l’anglais
sont bien connus : il y aurait tout avantage à faire
de l’anglais la panacée de la communication «
universelle ». Ce serait à la fois la solution
la plus simple (une seule langue au lieu de plusieurs), la
plus économique (communiquer « directement »
dans une langue commune, c’est pouvoir se passer des
traducteurs et des interprètes), la plus accessible
et la plus démocratique (la diffusion et l’apprentissage
de la langue anglaise est maintenant planétaire, ce
qui fait de cette langue une langue culturellement «
neutre »). Encore soutenable dans les années
1980, ce point de vue est de plus en plus remis en cause :
le tout-à-l’anglais n’apparaît comme
étant ni inévitable ni la meilleure des solutions.
L’évolution actuelle d’Internet, devenu
massivement plurilingue, en est l’une des illustrations
les plus frappantes.
Mots-clés : diversité linguistique, tout-à-l’anglais,
lingua franca, plurilinguisme, Internet, traduction, organismes
internationaux, diversité culturelle, mondialisation.
Artush MKRTCHYAN, Le rôle des ONG dans la prévention
et la résolution des conflits du Caucase
Les ONG constituent une pièce maîtresse pour
résoudre les conflits apparus dans le Caucase du Sud
à la suite de l’effondrement de l’empire
soviétique. Il est malheureusement à déplorer
que les processus de résolution et de prévention
des conflits de la région (qui sont d’ordre aussi
bien culturel que politique) sont essentiellement mis en œuvre
par les États, tandis que se trouve minimisé
le rôle des ONG. Il faut donc promouvoir leurs actions,
en développant des programmes s’étendant
à des sphères d’activités de plus
en plus larges, que ce soit dans le domaine économique
ou culturel.
Mots-clés : ONG, Caucase du Sud, dialogue interculturel,
résolution des conflits, transformation des conflits.
Joseph KRULIC, L’échec du modèle
yougoslave à la lumière de la réunification
allemande
La désagrégation de la Yougoslavie, simultanée
dans ses phases décisives (1990-1992) avec la réunification
allemande, permet de mesurer les facteurs d’une unification
consentie d’un espace politique. Contrairement à
l’espace germanique, la Yougoslavie n’a connu
d’union politique que de 1918 à 1941 et de 1945
à 1991. La coupure entre les catholiques du Nord-Ouest
et les orthodoxes du Sud-Est (même si elle est limitée
sur le plan du dogme) a enraciné pendant quinze siècles
une séparation politique, qui a été aggravée
par l’occupation ottomane de l’aire orthodoxe.
Cette opposition n’a pas pu être surmontée
malgré la volonté d’élites intellectuelles
(surtout au XIXe siècle) et politiques (au XXe siècle)
d’élaborer un monde commun. Contrairement au
cas allemand, où une langue commune (formalisée
par Martin Luther) et un passé commun ont neutralisé
la coupure catholiques/protestants et l’épisode
communiste à l’Est, l’absence de références
historiques communes a invalidé politiquement la similitude
des langues serbe et croate.
Mots-clés : peuple, minorité, Yougoslavie, intégration,
catholiques, orthodoxes, protestants, empire.
Joanna NOWICKI, La diversité culturelle
comme élément d’identité nationale
: le cas de l’Europe médiane
La recomposition récente du continent européen
repose en d’autres termes la question de la relation
à l’Autre qui est au cœur du débat
démocratique. Par conséquent, la question de
l’appartenance culturelle se pose désormais en
d’autres termes. Et si l’Europe médiane,
au lieu d’être « une périphérie
arriérée » de l’Occident qui se
croit toujours au centre préfigurait au contraire les
problèmes futurs du continent européen ? Son
expérience longue et douloureuse de la non-coïncidence
des frontières politiques et culturelles, ne l’a-t-elle
pas préparée depuis des siècles à
une réalité multiculturelle, multiconfessionnelle
et plurilinguistique ? N’a-t-elle pas imaginé
un modèle de tolérance qui permettait l’émergence
de ce qu’on qualifie aujourd’hui de « droits
culturels » ? N’a-t-elle pas réfléchi,
contrainte et forcée par l’histoire, au risque
réel de la mort d’une civilisation ou d’une
langue et aux mesures nécessaires à la survivance
culturelle ?
Mots-clés : Europe médiane, identité
nationale, diversité culturelle, tolérance,
frontières.
Alain REYNIERS, La mobilité des Tsiganes
en Europe : entre fantasmes et réalités
La reprise des migrations tsiganes depuis la chute des régimes
communistes en Europe centrale et orientale ravive une série
de préjugés et de stéréotypes
qui ne permettent pas de cerner la complexité du phénomène.
Les déplacements des Roms ne s’effectuent pas
uniquement de l’Est à l’Ouest du continent,
mais traduisent une reprise générale de la circulation
des familles selon des mobiles principalement économiques.
Les conséquences culturelles de ce phénomène
sont inattendues. Si la logique des réseaux familiaux
à la fois flexibles et centripètes n’est
pas remise en question par l’exploration de nouvelles
contrées, les discours xénophobes à l’encontre
des Tsiganes ne disparaissent pas et restreignent d’autant
le rôle de passeurs de culture que ces derniers remplissent
en voyageant. Les politiques contradictoires des États
et des institutions internationales ne contribuent pas non
plus à améliorer une situation qui reste préoccupante.
Mots-clés : migration, Tsiganes, Roms, Europe
Yanita ANDONOVA, Enjeux
et défis de l’intégration européenne
de la Bulgarie
Un an après l’adhésion de la Bulgarie
à l’Union européenne les enjeux liés
à la reconnaissance identitaire et à la sauvegarde
de la langue et de la culture bulgares sont d’une importance
cruciale pour l’avenir du pays. L’article questionne
la problématique de la diversité culturelle,
vécue en Bulgarie, au quotidien. La gestion pacifique
de la diversité ethnique, malgré les difficultés
existantes, a constitué un élément important
pour l’intégration européenne de la Bulgarie.
Face aux défis de la mondialisation et aux bouleversements
technologiques en cours, des efforts particuliers ont été
consacrés à l’insertion des technologies
de l’information et de la communication (TIC) dans l’enseignement.
La langue bulgare et l’alphabet cyrillique contribuent
en outre à la diversité linguistique au sein
de l’Union. Pour les Bulgares, la communication interculturelle
et le plurilinguisme sont devenus des éléments
indispensables pour la mise en œuvre d’une réelle
diversité culturelle.
Mots-clés : Bulgarie, Union européenne, adhésion
européenne, diversité ethnique et culturelle,
langue bulgare, identité bulgare, culture bulgare,
communication interculturelle, TIC.
Gaby HSAB, Confrontations politiques et allégeances
confessionnelles : le cas du Liban
L’histoire moderne du Liban illustre merveilleusement
bien le lien étroit entre les conflits externes qui
le guettent et les dissensions internes qui le fragilisent
sur fond d’allégeances confessionnelles et sectaires.
Pourtant, ces facteurs de vulnérabilité sont
aussi les agents de survie de ce pays, car associés
au destin même de ce minuscule État. Lieu de
rencontre de minorités persécutées ailleurs,
il se dresse en antithèse par rapport aux pays qui
l’entourent. Par ce fait même, il devient l’édifice
même d’une diversité rare que ses propres
citoyens se plaisent à défendre. C’est
le paradoxe que nous essaierons de comprendre dans cet article.
Mots-clés : Liban, diversité religieuse, allégeances
confessionnelles, vivre ensemble.
Konrad PEDZIWIATR, L’activisme
social des nouvelles élites musulmanes de Grande-Bretagne
Les changements générationnels
au sein de la population musulmane de Grande-Bretagne manifestent
une différence fondamentale non pas tellement en matière
de statut juridique, mais avant tout en matière d’identité
et de participation. Les membres des nouvelles élites
musulmanes qui apparaissent dans les villes britanniques possèdent
une série de moyens efficaces qui leur permettent de
choisir entre différents modes d’action et d’abandonner
les formes conventionnelles au profit de formes plus concrètes
de citoyenneté. Cet article, qui propose un éclairage
de différents cas d’activisme constructif sur
le plan social, stimulé par les idées religieuses
en circulation auprès de cadres musulmans de Londres,
examine les relations entre l’islam et les éléments
essentiels de la citoyenneté que sont l’identité
et la participation. Il soutient notamment qu’il existe
un lien étroit entre l’activisme des jeunes musulmans
et leur définition d’eux-mêmes en tant
que musulmans et citoyens.
Mots-clés : activisme social, nouvelles élites
musulmanes, musulmans de Grande-Bretagne
Linda CARDINAL, Bilinguisme et territorialité
: l’aménagement linguistique au Québec
et au Canada
Quelles politiques linguistiques vont le mieux permettre de
mettre en valeur les avantages du bilinguisme et l’apprentissage
des langues tout en favorisant la pérennité
des langues minoritaires à l’ère de la
mondialisation ? Cet article tente de répondre à
la question en basant son propos sur l’exemple des politiques
d’aménagement linguistique du Canada et du Québécois.
Il montre que la mondialisation linguistique exerce une pression
supplémentaire sur un équilibre déjà
fragile entre les francophones et les anglophones au Canada
et il suggère de réviser les principes actuels
afin d’assurer la pérennité du français,
notamment au Québec.
Mots-clés : mondialisation, aménagement linguistique,
Canada, Québec.
Dave Sinardet, Territorialité et identités
linguistiques en Belgique
Bien que le paysage institutionnel de la Belgique reflète
une gestion politique assez complexe des identités
linguistiques, la logique et la dynamique sous-jacente est
celle d’une institutionnalisation des identités
linguistiques, basée sur deux principes récurrents
: la territorialité et la bipolarité. En introduction,
est présentée une esquisse de la construction
des identités linguistiques en Belgique au cours du
XIXe siècle. Ensuite son exposés quatre principes
fondamentaux qui furent instaurés dans la législation
belge durant le XXe siècle. Ceux-ci visaient à
régler le contentieux linguistique en Belgique et ont
contribué à façonner le visage actuel
du modèle belge : principe de territorialité
et plus précisément unilinguisme régional
; fixation d’une frontière linguistique ; mécanismes
de protection parlementaire pour la minorité linguistique
au niveau national et bruxellois ; décentralisation
culturelle et socio-économique.
Mots-clés : Belgique, identités linguistiques,
fédéralisme, nationalisme, principe de territorialité.
Monique VEAUTE, Rome et les Barbares : du bon usage
de l’immigration
En 378 ap. J.-C., alors que les Romains s’accommodent
bien de leur cohabitation avec les populations barbares d’Europe
occidentale, y puisant la main-d’œuvre de leur
agriculture et de leur armée, les Goths viennent tout
d’un coup, sans doute pour échapper aux Huns,
s’amasser trop nombreux sur les rives du Danube. Débordés
par la multitude des demandeurs d’asile, les Romains
hésitent à entrouvrir leur frontière,
et les Barbares, exaspérés, finissent par entrer
en force. La situation dégénère, amorçant
le phénomène qui mènera à la chute
de l’Empire romain. Mais ces événements
aboutiront aussi à la création de l’Europe
telle que nous la connaissons.
Mots-clés : Romains, Barbares, frontière, Europe,
immigration, asile, intégration.
Serge PROULX, Des nomades connectés : vivre
ensemble à distance
Comment les migrants et les membres des minorités culturelles
composent-ils avec les outils de communication mis à
leur disposition dans le nouvel environnement numérique
? Nous pensons plus particulièrement à la téléphonie
mobile et aux outils de l’internet social qui permettent
à leurs utilisateurs de converser en groupe ou de se
construire des réseaux de contacts via les «
sites de réseaux sociaux ». Nous questionnons
d’abord la nature sociologique de ces prétendues
« communautés » dans un tel type d’environnement
sociotechnique. Nous décrivons ensuite le vécu
des migrants connectés faisant usage des outils de
communication pour établir une téléprésence
quasi permanente avec leurs proches. En conclusion, nous abordons
la problématique des diasporas de l’ère
numérique à travers le rôle joué
par l’usage de ces nouveaux dispositifs de communication.
Mots-clés : migrants, minorités culturelles,
diasporas, outils de communication, environnement numérique,
téléphone mobile, internet social, communauté
numérique, téléprésence.
Marie-France MALONGA, La télévision
comme lieu de reconnaissance : le cas des minorités
noires en France
En France, les personnes issues des minorités, principalement
d’origine extra-européenne (africaine, antillaise,
maghrébine, asiatique), sont susceptibles de connaître
la discrimination, la stigmatisation mais aussi l’exclusion.
La télévision, en tant que « lieu de reconnaissance
», constitue un enjeu important pour ces populations.
Cependant, le petit écran semble marginaliser depuis
toujours ces minorités visibles non seulement en leur
laissant une place limitée à l’antenne
mais aussi en leur renvoyant des images majoritairement caricaturales
et dévalorisantes d’elles-mêmes. Une enquête
qualitative auprès de 43 individus d’origine
africaine et antillaise montre que les minorités sont
capables de mettre en place des réactions défensives
ou stratégies identitaires afin de réduire le
décalage certain entre leur identité sociale
– souvent dépréciatrice – et leur
identité personnelle (la façon dont ils se définissent
eux-mêmes), prenant les médias comme ressources
pour l’action.
Mots-clés : Télévision, minorité,
Noirs, identité, stratégies identitaires, réception,
reconnaissance.
Marc LITS, La Belgique ou l’illusion de la cohabitation
Le docu-fiction diffusé par la chaîne publique
belge en décembre 2006 a servi de révélateur
à la reconnaissance publique du clivage grandissant
entre les deux communautés francophones et flamandes
qui cohabitent dans ce pays. Les réalités culturelles,
linguistiques et politiques sont de plus en plus hétérogènes,
et favorisent des mouvements centrifuges qui manifestent que
l’identité belge ne repose plus sur une base
communément partagée. La diversité et
le souhait d’une séparation négociée
l’emportent désormais sur la volonté d’un
“vivre-ensemble”.
Mots-clés : médias belges, identité francophone,
Flandre, Belgique, droit du sol, droit des gens
Solange LEFEBVRE, Le Canada et le Québec confrontés
à la diversité ethno-religieuse
Le Canada et le Québec, à l’instar
des Pays-Bas, de la France et de l’Angleterre, réfléchissent
sur leurs politiques publiques, face aux défis que
pose la diversité ethno-religieuse. À ce titre,
la notion juridique d’« accommodement raisonnable
», fondamentale pour les débats canadiens, est
ici explicitée, car elle constitue une clé de
compréhension de cet enjeu. On compare ensuite les
situations québécoises et canadiennes, à
la lumière de la distinction classique entre la sécularisation
et la laïcité. Dans la réaction à
la diversité religieuse, on peut tenir compte de certaines
caractéristiques du Québec francophone, qui
se rapportent à son origine franco-catholique. L’usage
qu’on y fait du concept de « laïcité
ouverte » mérite à cet égard un
examen sérieux : il s’y dégage une conception
de l’égalité à la fois réfractaire
aux « privilèges » acquis des groupes religieux
majoritaires et favorable à la protection des expressions
religieuses individuelles brimées par les normes générales.
Mots-clés : Canada, Québec, diversité
ethno-religieuse, droit, sécularisation, laïcité.
Jean-François MAYER, Mondialisation, religions
et politique au XXIe siècle
La mondialisation ne reste pas sans impact sur les
religions. Mais elle n’efface pas leurs différences
internes : l’appartenance religieuse est un facteur
identitaire parmi d’autres. La mondialisation permet
en revanche plus aisément une mobilisation autour de
causes communes. Les modèles occidentaux restent forts,
mais d’autres pôles et acteurs s’affirment.
Un « marché » mondial des croyances se
développe, même si ses implications varient selon
les régions du globe. Dans ce contexte, diffusion des
religions et prosélytisme peuvent être des facteurs
de tension. Dirigeants politiques et religieux se soucient
donc d’examiner les contributions possibles des religions
à la stabilité internationale. Mais ils se trouvent
aussi confrontés à des réactions identitaires
associées à certains courants religieux. Pour
ceux-ci, la mondialisation présente à la fois
des avantages et des risques.
Mots-clés : religions, communautés, mondialisation,
identité.
Nicole KOULAYAN, L’apport des culture du Sud
: l’Ubuntu comme facteur civil de résistance
Aujourd’hui, chacun d’entre nous se retrouve pris
dans l’engrenage de la mondialisation ; par conséquent,
la société civile estime que les valeurs fondamentales
de liberté, égalité, solidarité,
tolérance, respect de la nature ou partage des responsabilités
doivent sous-tendre les relations internationales de ce troisième
millénaire. Il faut donc chercher à donner un
« sens humain » à la mondialisation en
l’impliquant, comme nous le proposons, dans un humanisme
de notre temps, qui relève d’une philosophie-idéologie
venue d’Afrique, connue sous le nom d’Ubuntu.
Pris dans son sens le plus large, ce concept renvoie aux notions
de sentiment d’appartenance à la communauté
des hommes, d’unicité de la nature humaine, le
tout dans une perspective de coopération et de partage.
Nous avons la conviction que les langues, les cultures, le
dialogue inter-culturel et l’Ubuntu sont implicitement
en résonance, voire en reliance, et que face à
la mondialisation ils peuvent constituer un front important
d’opposition civile.
Mots-clés : mondialisation, dialogue des langues et
des cultures, Ubuntu.
Chantal BORDES-BENAYOUN, Les diasporas ou l’expérience
de l’unité dans la diversité
Le paradigme des diasporas peut-il répondre
à la nécessité de prendre en compte les
changements opérés dans le champ des migrations
humaines ? Elles s’inscrivent au cœur d’une
dialectique entre la dispersion des migrants au sein de sociétés
pluralistes et le maintien de liens concrets et spirituels
avec les sociétés d’origine. Les sciences
sociales ont privilégié longtemps le paradigme
de la diversité. De même, l’opposition
de l’option multiculturaliste à la « sociologie
de l’intégration » a enfermé les
débats dans une fausse alternative. L’expérience
des diasporas, à commencer par l’exemple juif,
entre dispersion à l’infini et maintien d’une
référence commune, montre que les figures migrantes
évoluent aux marges d’identités prédéfinies.
Mots-clés : diasporas, migrations, juifs, multiculturalisme,
intégration
Dominique WOLTON, Conclusion générale
: de la diversité à la cohabitation culturelle
La globalisation qui devait ouvrir le monde conduit à
un défi inverse : gérer le retour des identités
et la diversité culturelle. Il s’agit maintenant
de créer une autre mondialisation associant humanisme
universaliste et respect des identités. Or, il apparaît
que le cadre politique traditionnel est le plus apte à
permettre de respecter cette diversité culturelle.
Il doit donc être préservé pour assurer
la protection non seulement sociale mais aussi culturelle.
Si les pouvoirs européens sous-évaluent la question
des identités et ne prennent pas en charge la gestion
de la diversité culturelle, on risque de déboucher
sur les pires des communautarismes, comme on l’a vu
en Bosnie et ailleurs. La prise en compte des identités
concerne aussi l’ensemble des populations migrantes,
dont on doit valoriser les apports culturels au lieu de les
ignorer. Par ailleurs, afin de faciliter la cohabitation culturelle,
il faut promouvoir une « laïcité de tolérance
» dans laquelle la gestion politique serait totalement
autonome par rapport aux croyances religieuses. Dans tous
les cas, le respect de la diversité culturelle exige
donc une revalorisation et une indépendance de la sphère
politique.
Mots-clés : identités, diversité culturelle,
cohabitation culturelle, immigration, communautarisme, retour
du politique.
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