HERMÈS  n°51 - 2008

L'ÉPREUVE DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE

Tristan MATTELART, Théories de la mondialisation culturelle : théories de la diversité ?

L’objectif de cet article est de montrer dans quelle mesure, depuis la fin des années 1980, les théories de la mondialisation culturelle, nées d’une convergence dans le champ académique anglo-saxon entre certains tenants des Cultural Studies, de l’anthropologie et de la sociologie, ont marqué une rupture dans la façon d’appréhender les enjeux de l’internationalisation des médias. Nous appuyant sur quelques-uns des principaux textes ayant donné corps à ces théories de la mondialisation, nous retraçons les principaux déplacements du centre de gravité de l’analyse qu’elles opèrent. Prenant acte des apports de ces théories pour la compréhension des processus d’appropriation des flux transnationaux, cet article souligne aussi leurs limites et conclut à la nécessité d’inclure les perspectives de l’économie politique dans l’étude des processus de transnationalisation pour que ceux-ci soient appréhendés dans toute leur complexité.

Mots-clés : mondialisation culturelle, flux transnationaux, économie flexible, créolisation, identités réflexives, économie politique, diversité culturelle.


Olivier VOIROL, Pluralité culturelle et démocratie chez John Dewey

Aux prises avec le débat entre libéralisme et communautarisme, la problématique de la diversité cultuelle s’est souvent fourvoyée dans une opposition rigide entre différence et égalité, commun et singularité. Le pragmatisme de John Dewey offre des pistes pour penser la pluralité culturelle et la reconnaissance non pas entre des identités culturelles figées mais sous forme de processus permanents de constitution réciproque du commun et des singularités culturelles. En incluant le rôle culturel des médias dans ce processus, Dewey offre une approche de la pluralité culturelle considérée comme le socle même de la démocratie.

Mots-clés : commun, individuation, culture, reconnaissance, médias, Dewey.


Alain VUILLEMIN, Aux sources de l’identité européenne : « L’Esprit des Lumières » de Tzvetan Todorov

Aux sources du sentiment européen de l’identité se trouverait un héritage contrasté d’idées et de croyances venu des « Lumières » du XVIIIe siècle. Telle est la thèse développée dans L’Esprit des Lumières, un essai philosophique et politique publié en 2006 par Tzvetan Todorov. Cette mutation radicale de la pensée est un phénomène historique qui se produit en Europe, au XVIIIe siècle, et est « responsable de [l’]identité présente » des Européens. L’auteur en réexamine les acquis, le projet initial, les grands principes et les errements ultérieurs, en insistant sur l’actualité de ce qui serait « la création la plus prestigieuse de l’Europe » : cet idéal, cet « esprit » éclairé, lucide, de « libre examen […] critique ». Il termine par un acte de foi : « l’identité de l’Europe [et] donc sa “volonté générale” [ne] pourr[ont] s’affirmer [que] si l’on s’appuie sur les analyses faites à l’époque des Lumières. » Aux Européens de réussir.

Mots-clés : Tzvetan Todorov, « Esprit des Lumières », héritage des « Lumières », esprit critique, identité européenne, philosophie politique.


Gina STOICIU, L’émergence du domaine d’étude de la communication interculturelle

Cette réflexion sur le champ de recherche en communication interculturelle part du principe que les avancées théoriques s’élaborent au travers d’une dynamique ancrée autant dans le contexte des pratiques de recherche que dans l’évolution interne du champ de recherche. Tout d’abord, on tente de délimiter les moments clés qui ont présidé à l’émergence de ce nouveau domaine des deux côtés de l’Atlantique. Une fois établi que la communication interculturelle est un nouveau champ de recherche où se constituent un langage, des théories et des méthodologies qui lui sont propres, la deuxième étape consistera à dresser la carte de son territoire, autrement dit, à préciser quels sont les objets, les approches et les postures méthodologiques qui coexistent dans ce champ.

Mots-clés : communication interculturelle, champ de recherche interculturelle, figures d’interculturalité, théories et approches interculturels.

Françoise VERGÈS, Les transformations des « Post-Colonial Studies »

Les questions soulevées par la mondialisation aujourd’hui – migrations, multiculturalisme, différence culturelle, dialogues ou conflits interculturels – peuvent être analysées à la lumière de précédentes mondialisations. Dans cet article, Françoise Vergès évoque les relations Sud-Sud telles qu’elles se sont développées dans la longue durée du monde indiano-océanique pour parler des processus et des pratiques de « créolisation ». La longue histoire des migrations forcées ou provoquées par des bouleversements géopolitiques dans cette partie du monde offre un cadre d’analyse qui interroge les présupposées des cartes mentales forgées par une histoire eurocentrée. Les routes Sud-Nord peuvent alors être comparées aux routes Sud-Sud ou Est-Sud, et les zones de contact qui émergent à celles qui se créent en Europe. Les phénomènes d’hybridité, de métissage, d’interculturalité, de créolisation sont à analyser dans leur évolution, transformation et reconfiguration.

Mots-clés : Créolisation, monde indiano-océanique, zone de contact.


Paul RASSE, La diversité des cultures en question

Deux points de vue s’opposent radicalement à propos de la mondialisation : les uns y voient l’uniformisation des cultures, les autres, son métissage et sa diversification. L’auteur défend que les mutations en cours n’en sont qu’à leurs prémices, car la vitesse de croissance de la masse des échanges matériels et symboliques est exponentielle. Ces mutations menacent la diversité des cultures, moins à cause de leur standardisation qu’en raison de l’explosion des formes d’altérité en multiples parcelles de différences. Celles-ci se combinent entre elles dans un cosmopolitisme généralisé, fertile mais épuisant, sans cesse en recomposition, alors qu’il faut du temps, de l’espace, de l’isolement, pour donner aux cultures le souffle nécessaire à leur structuration, à leur cohésion interne et à leur diversification. La culture mondiale devient un maelström, où dominent les productions des pays les plus puissants et l’intérêt des plus riches, tandis que le corps social anomique se fragmente.

Mots-clés : mondialisation, diversité des cultures, cosmopolitisme, atomisation des cultures.


Joëlle FARCHY et Heritiana RANAIVOSON, La diversité culturelle dans le commerce mondial : assumer des arbitrages

Dans le cadre des négociations commerciales internationales, les politiques en faveur de la diversité culturelle désignent un objectif qui consiste à limiter l’uniformisation censée résulter du fonctionnement du marché et du libre-échange. Depuis quelques années, le véritable débat ne porte plus sur l’objectif lui-même qui semble faire l’objet d’un consensus, mais sur les moyens d’y parvenir. Notre propos dans cet article est justement de revenir sur cet objectif en montrant sa complexité et son caractère multidimensionnel. Au-delà du discours incantatoire à portée très générale sur ses bienfaits supposés, les décideurs publics doivent donc effectuer des arbitrages, classiquement en termes de coûts/bénéfices, de manière plus complexe entre les différentes dimensions de la diversité. Mener une politique en faveur de la diversité culturelle suppose donc de faire des choix parmi ces multiples aspects et d’assumer les coûts induits.

Mots-clés : diversité culturelle, exception culturelle, économie de la culture, politiques culturelles.


Patrice MEYER-BISCH, La valorisation de la diversité et des droits culturels

Alors que la diversité culturelle était considérée comme un frein au développement, à la démocratie et aux droits de l’homme, elle est aujourd’hui comprise comme leur ressource indispensable. Mais la diversité culturelle n’est pas une valeur en soi, elle ne peut couvrir n’importe quelle pratique et autoriser n’importe quel relativisme. La diversité culturelle est l’œuvre des hommes et doit rester à leur service, dans la recherche des multiples faces de la dignité humaine : il y a protection mutuelle entre la diversité et les droits de l’homme. Les droits culturels sont au centre de cette protection, car ils garantissent à chacun les droits et libertés d’exercer toute activité culturelle et d’accéder aux ressources qui sont nécessaires pour vivre, tout au long de sa vie, son processus d’identification jamais achevé. Mais la légitimité, entre universalité et diversité, est délicate : comment assurer la liberté de critique et en même temps le respect des œuvres, qu’il s’agisse de patrimoines, de traditions, de modes de vie ?

Mots-clés : diversité culturelle, dialogue des cultures, droits culturels, droits de l’homme, Convention de l’Unesco, identité.

Laura ANGHEL, La Convention sur la diversité des expressions culturelles : état des lieux

Le droit culturel international a été renforcé grâce à l’adoption par l’Unesco de la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. Ce texte relie la culture (porteuse de valeurs, de sens, d’identités) à la coopération internationale, au développement et aux droits de l’homme. Sa mise en œuvre devient un véritable défi, et son suivi se révèle une nécessité. La diversité culturelle, déjà objet d’étude de l’anthropologie, doit à présent devenir un concept politique et être mis en pratique. La culture doit être envisagée comme vecteur de la vie politique, économique et sociale, tant au niveau national qu’au niveau des rapports entre les différentes aires culturelles. Réfléchir à la problématique de l’Autre, gérer l’acculturation et la cohabitation culturelle devient une question politique, et la gestion des rapports entre culture, communication, société et politique requiert la construction de théories spécifiques et adaptées.

Mots-clés : diversité culturelle, culture, Unesco, droit culturel, politiques culturelles, identité culturelle.

Michaël OUSTINOFF, Les points clés de la Convention sur la diversité des expressions culturelles

On fait souvent remonter la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles à la Déclaration universelle de l’Unesco sur la diversité culturelle et aux événements du 11 septembre 2001. Les points clés de la Convention ne sont pas à placer uniquement dans cette perspective, mais également dans celle de la montée en puissance des questions d’ordre culturel depuis 1945. Ces points clés marquent un tournant, dans la mesure où la Convention n’obéit plus à la logique traditionnelle de l’État-nation. C’est là leur force et leur faiblesse, car c’est de la volonté des États que dépend leur mise en œuvre.

Mots-clés : Convention de l’Unesco, Déclaration universelle de l’Unesco, événements du 11 septembre 2001, diversité des expressions culturelles, États-nations, politiques culturelles.

Anne-Marie LAULAN, La Convention sur la diversité des expressions culturelles : à quand le passage à l’action ?

La ratification à l’Unesco de la Convention sur la diversité des expressions culturelles se heurte, dans son application, aux changements du modèle (centre-périphérie) qui a présidé à son élaboration .L’actualité immédiate révèle l’affrontement entre des logiques identitaires et la tentation économique de la mondialisation, ainsi que la complexité des mouvements migratoires. Toutes les sociétés deviennent multiculturelles, induisant un nouveau champ pour les chercheurs comme pour les décideurs.

Mots-clés : identités, contradictions, gestion de la multiculturalité.

Michaël OUSTINOFF, Le tout-à-l’anglais est-il inévitable?

Les arguments avancés par les partisans du tout-à-l’anglais sont bien connus : il y aurait tout avantage à faire de l’anglais la panacée de la communication « universelle ». Ce serait à la fois la solution la plus simple (une seule langue au lieu de plusieurs), la plus économique (communiquer « directement » dans une langue commune, c’est pouvoir se passer des traducteurs et des interprètes), la plus accessible et la plus démocratique (la diffusion et l’apprentissage de la langue anglaise est maintenant planétaire, ce qui fait de cette langue une langue culturellement « neutre »). Encore soutenable dans les années 1980, ce point de vue est de plus en plus remis en cause : le tout-à-l’anglais n’apparaît comme étant ni inévitable ni la meilleure des solutions. L’évolution actuelle d’Internet, devenu massivement plurilingue, en est l’une des illustrations les plus frappantes.

Mots-clés : diversité linguistique, tout-à-l’anglais, lingua franca, plurilinguisme, Internet, traduction, organismes internationaux, diversité culturelle, mondialisation.

Artush MKRTCHYAN, Le rôle des ONG dans la prévention et la résolution des conflits du Caucase

Les ONG constituent une pièce maîtresse pour résoudre les conflits apparus dans le Caucase du Sud à la suite de l’effondrement de l’empire soviétique. Il est malheureusement à déplorer que les processus de résolution et de prévention des conflits de la région (qui sont d’ordre aussi bien culturel que politique) sont essentiellement mis en œuvre par les États, tandis que se trouve minimisé le rôle des ONG. Il faut donc promouvoir leurs actions, en développant des programmes s’étendant à des sphères d’activités de plus en plus larges, que ce soit dans le domaine économique ou culturel.

Mots-clés : ONG, Caucase du Sud, dialogue interculturel, résolution des conflits, transformation des conflits.

Joseph KRULIC, L’échec du modèle yougoslave à la lumière de la réunification allemande

La désagrégation de la Yougoslavie, simultanée dans ses phases décisives (1990-1992) avec la réunification allemande, permet de mesurer les facteurs d’une unification consentie d’un espace politique. Contrairement à l’espace germanique, la Yougoslavie n’a connu d’union politique que de 1918 à 1941 et de 1945 à 1991. La coupure entre les catholiques du Nord-Ouest et les orthodoxes du Sud-Est (même si elle est limitée sur le plan du dogme) a enraciné pendant quinze siècles une séparation politique, qui a été aggravée par l’occupation ottomane de l’aire orthodoxe. Cette opposition n’a pas pu être surmontée malgré la volonté d’élites intellectuelles (surtout au XIXe siècle) et politiques (au XXe siècle) d’élaborer un monde commun. Contrairement au cas allemand, où une langue commune (formalisée par Martin Luther) et un passé commun ont neutralisé la coupure catholiques/protestants et l’épisode communiste à l’Est, l’absence de références historiques communes a invalidé politiquement la similitude des langues serbe et croate.

Mots-clés : peuple, minorité, Yougoslavie, intégration, catholiques, orthodoxes, protestants, empire.

Joanna NOWICKI, La diversité culturelle comme élément d’identité nationale : le cas de l’Europe médiane

La recomposition récente du continent européen repose en d’autres termes la question de la relation à l’Autre qui est au cœur du débat démocratique. Par conséquent, la question de l’appartenance culturelle se pose désormais en d’autres termes. Et si l’Europe médiane, au lieu d’être « une périphérie arriérée » de l’Occident qui se croit toujours au centre préfigurait au contraire les problèmes futurs du continent européen ? Son expérience longue et douloureuse de la non-coïncidence des frontières politiques et culturelles, ne l’a-t-elle pas préparée depuis des siècles à une réalité multiculturelle, multiconfessionnelle et plurilinguistique ? N’a-t-elle pas imaginé un modèle de tolérance qui permettait l’émergence de ce qu’on qualifie aujourd’hui de « droits culturels » ? N’a-t-elle pas réfléchi, contrainte et forcée par l’histoire, au risque réel de la mort d’une civilisation ou d’une langue et aux mesures nécessaires à la survivance culturelle ?

Mots-clés : Europe médiane, identité nationale, diversité culturelle, tolérance, frontières.

Alain REYNIERS, La mobilité des Tsiganes en Europe : entre fantasmes et réalités

La reprise des migrations tsiganes depuis la chute des régimes communistes en Europe centrale et orientale ravive une série de préjugés et de stéréotypes qui ne permettent pas de cerner la complexité du phénomène. Les déplacements des Roms ne s’effectuent pas uniquement de l’Est à l’Ouest du continent, mais traduisent une reprise générale de la circulation des familles selon des mobiles principalement économiques. Les conséquences culturelles de ce phénomène sont inattendues. Si la logique des réseaux familiaux à la fois flexibles et centripètes n’est pas remise en question par l’exploration de nouvelles contrées, les discours xénophobes à l’encontre des Tsiganes ne disparaissent pas et restreignent d’autant le rôle de passeurs de culture que ces derniers remplissent en voyageant. Les politiques contradictoires des États et des institutions internationales ne contribuent pas non plus à améliorer une situation qui reste préoccupante.

Mots-clés : migration, Tsiganes, Roms, Europe

Yanita ANDONOVA, Enjeux et défis de l’intégration européenne de la Bulgarie

Un an après l’adhésion de la Bulgarie à l’Union européenne les enjeux liés à la reconnaissance identitaire et à la sauvegarde de la langue et de la culture bulgares sont d’une importance cruciale pour l’avenir du pays. L’article questionne la problématique de la diversité culturelle, vécue en Bulgarie, au quotidien. La gestion pacifique de la diversité ethnique, malgré les difficultés existantes, a constitué un élément important pour l’intégration européenne de la Bulgarie. Face aux défis de la mondialisation et aux bouleversements technologiques en cours, des efforts particuliers ont été consacrés à l’insertion des technologies de l’information et de la communication (TIC) dans l’enseignement. La langue bulgare et l’alphabet cyrillique contribuent en outre à la diversité linguistique au sein de l’Union. Pour les Bulgares, la communication interculturelle et le plurilinguisme sont devenus des éléments indispensables pour la mise en œuvre d’une réelle diversité culturelle.

Mots-clés : Bulgarie, Union européenne, adhésion européenne, diversité ethnique et culturelle, langue bulgare, identité bulgare, culture bulgare, communication interculturelle, TIC.


Gaby HSAB, Confrontations politiques et allégeances confessionnelles : le cas du Liban

L’histoire moderne du Liban illustre merveilleusement bien le lien étroit entre les conflits externes qui le guettent et les dissensions internes qui le fragilisent sur fond d’allégeances confessionnelles et sectaires. Pourtant, ces facteurs de vulnérabilité sont aussi les agents de survie de ce pays, car associés au destin même de ce minuscule État. Lieu de rencontre de minorités persécutées ailleurs, il se dresse en antithèse par rapport aux pays qui l’entourent. Par ce fait même, il devient l’édifice même d’une diversité rare que ses propres citoyens se plaisent à défendre. C’est le paradoxe que nous essaierons de comprendre dans cet article.

Mots-clés : Liban, diversité religieuse, allégeances confessionnelles, vivre ensemble.


Konrad PEDZIWIATR, L’activisme social des nouvelles élites musulmanes de Grande-Bretagne

Les changements générationnels au sein de la population musulmane de Grande-Bretagne manifestent une différence fondamentale non pas tellement en matière de statut juridique, mais avant tout en matière d’identité et de participation. Les membres des nouvelles élites musulmanes qui apparaissent dans les villes britanniques possèdent une série de moyens efficaces qui leur permettent de choisir entre différents modes d’action et d’abandonner les formes conventionnelles au profit de formes plus concrètes de citoyenneté. Cet article, qui propose un éclairage de différents cas d’activisme constructif sur le plan social, stimulé par les idées religieuses en circulation auprès de cadres musulmans de Londres, examine les relations entre l’islam et les éléments essentiels de la citoyenneté que sont l’identité et la participation. Il soutient notamment qu’il existe un lien étroit entre l’activisme des jeunes musulmans et leur définition d’eux-mêmes en tant que musulmans et citoyens.

Mots-clés : activisme social, nouvelles élites musulmanes, musulmans de Grande-Bretagne


Linda CARDINAL, Bilinguisme et territorialité : l’aménagement linguistique au Québec et au Canada

Quelles politiques linguistiques vont le mieux permettre de mettre en valeur les avantages du bilinguisme et l’apprentissage des langues tout en favorisant la pérennité des langues minoritaires à l’ère de la mondialisation ? Cet article tente de répondre à la question en basant son propos sur l’exemple des politiques d’aménagement linguistique du Canada et du Québécois. Il montre que la mondialisation linguistique exerce une pression supplémentaire sur un équilibre déjà fragile entre les francophones et les anglophones au Canada et il suggère de réviser les principes actuels afin d’assurer la pérennité du français, notamment au Québec.

Mots-clés : mondialisation, aménagement linguistique, Canada, Québec.


Dave Sinardet, Territorialité et identités linguistiques en Belgique

Bien que le paysage institutionnel de la Belgique reflète une gestion politique assez complexe des identités linguistiques, la logique et la dynamique sous-jacente est celle d’une institutionnalisation des identités linguistiques, basée sur deux principes récurrents : la territorialité et la bipolarité. En introduction, est présentée une esquisse de la construction des identités linguistiques en Belgique au cours du XIXe siècle. Ensuite son exposés quatre principes fondamentaux qui furent instaurés dans la législation belge durant le XXe siècle. Ceux-ci visaient à régler le contentieux linguistique en Belgique et ont contribué à façonner le visage actuel du modèle belge : principe de territorialité et plus précisément unilinguisme régional ; fixation d’une frontière linguistique ; mécanismes de protection parlementaire pour la minorité linguistique au niveau national et bruxellois ; décentralisation culturelle et socio-économique.

Mots-clés : Belgique, identités linguistiques, fédéralisme, nationalisme, principe de territorialité.


Monique VEAUTE, Rome et les Barbares : du bon usage de l’immigration

En 378 ap. J.-C., alors que les Romains s’accommodent bien de leur cohabitation avec les populations barbares d’Europe occidentale, y puisant la main-d’œuvre de leur agriculture et de leur armée, les Goths viennent tout d’un coup, sans doute pour échapper aux Huns, s’amasser trop nombreux sur les rives du Danube. Débordés par la multitude des demandeurs d’asile, les Romains hésitent à entrouvrir leur frontière, et les Barbares, exaspérés, finissent par entrer en force. La situation dégénère, amorçant le phénomène qui mènera à la chute de l’Empire romain. Mais ces événements aboutiront aussi à la création de l’Europe telle que nous la connaissons.

Mots-clés : Romains, Barbares, frontière, Europe, immigration, asile, intégration.


Serge PROULX, Des nomades connectés : vivre ensemble à distance

Comment les migrants et les membres des minorités culturelles composent-ils avec les outils de communication mis à leur disposition dans le nouvel environnement numérique ? Nous pensons plus particulièrement à la téléphonie mobile et aux outils de l’internet social qui permettent à leurs utilisateurs de converser en groupe ou de se construire des réseaux de contacts via les « sites de réseaux sociaux ». Nous questionnons d’abord la nature sociologique de ces prétendues « communautés » dans un tel type d’environnement sociotechnique. Nous décrivons ensuite le vécu des migrants connectés faisant usage des outils de communication pour établir une téléprésence quasi permanente avec leurs proches. En conclusion, nous abordons la problématique des diasporas de l’ère numérique à travers le rôle joué par l’usage de ces nouveaux dispositifs de communication.

Mots-clés : migrants, minorités culturelles, diasporas, outils de communication, environnement numérique, téléphone mobile, internet social, communauté numérique, téléprésence.


Marie-France MALONGA, La télévision comme lieu de reconnaissance : le cas des minorités noires en France

En France, les personnes issues des minorités, principalement d’origine extra-européenne (africaine, antillaise, maghrébine, asiatique), sont susceptibles de connaître la discrimination, la stigmatisation mais aussi l’exclusion. La télévision, en tant que « lieu de reconnaissance », constitue un enjeu important pour ces populations. Cependant, le petit écran semble marginaliser depuis toujours ces minorités visibles non seulement en leur laissant une place limitée à l’antenne mais aussi en leur renvoyant des images majoritairement caricaturales et dévalorisantes d’elles-mêmes. Une enquête qualitative auprès de 43 individus d’origine africaine et antillaise montre que les minorités sont capables de mettre en place des réactions défensives ou stratégies identitaires afin de réduire le décalage certain entre leur identité sociale – souvent dépréciatrice – et leur identité personnelle (la façon dont ils se définissent eux-mêmes), prenant les médias comme ressources pour l’action.

Mots-clés : Télévision, minorité, Noirs, identité, stratégies identitaires, réception, reconnaissance.


Marc LITS, La Belgique ou l’illusion de la cohabitation

Le docu-fiction diffusé par la chaîne publique belge en décembre 2006 a servi de révélateur à la reconnaissance publique du clivage grandissant entre les deux communautés francophones et flamandes qui cohabitent dans ce pays. Les réalités culturelles, linguistiques et politiques sont de plus en plus hétérogènes, et favorisent des mouvements centrifuges qui manifestent que l’identité belge ne repose plus sur une base communément partagée. La diversité et le souhait d’une séparation négociée l’emportent désormais sur la volonté d’un “vivre-ensemble”.

Mots-clés : médias belges, identité francophone, Flandre, Belgique, droit du sol, droit des gens


Solange LEFEBVRE, Le Canada et le Québec confrontés à la diversité ethno-religieuse

Le Canada et le Québec, à l’instar des Pays-Bas, de la France et de l’Angleterre, réfléchissent sur leurs politiques publiques, face aux défis que pose la diversité ethno-religieuse. À ce titre, la notion juridique d’« accommodement raisonnable », fondamentale pour les débats canadiens, est ici explicitée, car elle constitue une clé de compréhension de cet enjeu. On compare ensuite les situations québécoises et canadiennes, à la lumière de la distinction classique entre la sécularisation et la laïcité. Dans la réaction à la diversité religieuse, on peut tenir compte de certaines caractéristiques du Québec francophone, qui se rapportent à son origine franco-catholique. L’usage qu’on y fait du concept de « laïcité ouverte » mérite à cet égard un examen sérieux : il s’y dégage une conception de l’égalité à la fois réfractaire aux « privilèges » acquis des groupes religieux majoritaires et favorable à la protection des expressions religieuses individuelles brimées par les normes générales.

Mots-clés : Canada, Québec, diversité ethno-religieuse, droit, sécularisation, laïcité.



Jean-François MAYER, Mondialisation, religions et politique au XXIe siècle

La mondialisation ne reste pas sans impact sur les religions. Mais elle n’efface pas leurs différences internes : l’appartenance religieuse est un facteur identitaire parmi d’autres. La mondialisation permet en revanche plus aisément une mobilisation autour de causes communes. Les modèles occidentaux restent forts, mais d’autres pôles et acteurs s’affirment. Un « marché » mondial des croyances se développe, même si ses implications varient selon les régions du globe. Dans ce contexte, diffusion des religions et prosélytisme peuvent être des facteurs de tension. Dirigeants politiques et religieux se soucient donc d’examiner les contributions possibles des religions à la stabilité internationale. Mais ils se trouvent aussi confrontés à des réactions identitaires associées à certains courants religieux. Pour ceux-ci, la mondialisation présente à la fois des avantages et des risques.

Mots-clés : religions, communautés, mondialisation, identité.



Nicole KOULAYAN, L’apport des culture du Sud : l’Ubuntu comme facteur civil de résistance

Aujourd’hui, chacun d’entre nous se retrouve pris dans l’engrenage de la mondialisation ; par conséquent, la société civile estime que les valeurs fondamentales de liberté, égalité, solidarité, tolérance, respect de la nature ou partage des responsabilités doivent sous-tendre les relations internationales de ce troisième millénaire. Il faut donc chercher à donner un « sens humain » à la mondialisation en l’impliquant, comme nous le proposons, dans un humanisme de notre temps, qui relève d’une philosophie-idéologie venue d’Afrique, connue sous le nom d’Ubuntu. Pris dans son sens le plus large, ce concept renvoie aux notions de sentiment d’appartenance à la communauté des hommes, d’unicité de la nature humaine, le tout dans une perspective de coopération et de partage. Nous avons la conviction que les langues, les cultures, le dialogue inter-culturel et l’Ubuntu sont implicitement en résonance, voire en reliance, et que face à la mondialisation ils peuvent constituer un front important d’opposition civile.

Mots-clés : mondialisation, dialogue des langues et des cultures, Ubuntu.


Chantal BORDES-BENAYOUN, Les diasporas ou l’expérience de l’unité dans la diversité

Le paradigme des diasporas peut-il répondre à la nécessité de prendre en compte les changements opérés dans le champ des migrations humaines ? Elles s’inscrivent au cœur d’une dialectique entre la dispersion des migrants au sein de sociétés pluralistes et le maintien de liens concrets et spirituels avec les sociétés d’origine. Les sciences sociales ont privilégié longtemps le paradigme de la diversité. De même, l’opposition de l’option multiculturaliste à la « sociologie de l’intégration » a enfermé les débats dans une fausse alternative. L’expérience des diasporas, à commencer par l’exemple juif, entre dispersion à l’infini et maintien d’une référence commune, montre que les figures migrantes évoluent aux marges d’identités prédéfinies.

Mots-clés : diasporas, migrations, juifs, multiculturalisme, intégration


Dominique WOLTON, Conclusion générale : de la diversité à la cohabitation culturelle

La globalisation qui devait ouvrir le monde conduit à un défi inverse : gérer le retour des identités et la diversité culturelle. Il s’agit maintenant de créer une autre mondialisation associant humanisme universaliste et respect des identités. Or, il apparaît que le cadre politique traditionnel est le plus apte à permettre de respecter cette diversité culturelle. Il doit donc être préservé pour assurer la protection non seulement sociale mais aussi culturelle. Si les pouvoirs européens sous-évaluent la question des identités et ne prennent pas en charge la gestion de la diversité culturelle, on risque de déboucher sur les pires des communautarismes, comme on l’a vu en Bosnie et ailleurs. La prise en compte des identités concerne aussi l’ensemble des populations migrantes, dont on doit valoriser les apports culturels au lieu de les ignorer. Par ailleurs, afin de faciliter la cohabitation culturelle, il faut promouvoir une « laïcité de tolérance » dans laquelle la gestion politique serait totalement autonome par rapport aux croyances religieuses. Dans tous les cas, le respect de la diversité culturelle exige donc une revalorisation et une indépendance de la sphère politique.

Mots-clés : identités, diversité culturelle, cohabitation culturelle, immigration, communautarisme, retour du politique.





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